Historique

Les archives du Club Alpin du Haut-Doubs contiennent 5 gros cahiers de 200 pages,remplis d'une écriture serrée,pas toujours facile à déchiffer,qui mentionnent avec beaucoup de détails parfois savoureux,la vie du club depuis sa création.

La première page contient en 2 lignes tout un programme :

" Août 1943 = 5 membres du Club alpin à Pontarlier

  Août 1944 = 52 membres…"

Nous sommes encore en pleine guerre ; ils forment au début un groupe informel et se constituent rapidement en sous-section de la Section C.A.F. du Jura qui a son siège à Besançon. Pour la plupart, les membres sont issus du groupe Escalade du C.A Pontarlier, qui sous l’égide de Pierre Namin, servait de couverture à une cellule de résistants.

 

La devise du C.A.F. "pour la Patrie pour la Montagne " convient parfaitement à l’état d’esprit de l’époque, et figure en bonne place sur la page de garde du cahier le plus ancien.

 

 Ecole d'escalade (1943)

C’est en descendant du Larmont que les férus d’escalade repérèrent de l’autre coté de la rivière une falaise, vestige d’une carrière maintenant abandonnée. L’école d’escalade de la Fauconnière était née, et les premières voies ouvertes sous l’impulsion de Fernand Guégen et de Paul Régnier.

 

Les premiers comptes-rendus relatent des sorties d’escalade dans la Vallée de la Loue, mais bientôt arrive la Libération et la possibilité de parcourir la chaîne frontière jusque là interdite par les douaniers allemands. On relate une sortie au Mont d’Or où nos montagnards purent faire quelques pas en Suisse, exploit presque incroyable après 4 ans de fermeture hermétique de la frontière.


Le refuge du Larmont, juste après la guerre, en 1946

 

 

Le C.A.F se porte acquéreur de la baraque de douane que les occupants avaient construite au Grand-Taureau d’où l’on domine Pontarlier. Le service des Domaines en demande 6000 F,

le C.A.F en offre 2000 F (Il s’agit bien entendu d’anciens francs)

et finalement l’affaire est conclue pour 4000 F Le C.A.F possède son refuge.

 

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L’hiver qui suivit fut presque entièrement consacré au refuge du Grand-Taureau ;

la route du Larmont n’était pas déneigée à cette époque,

et la montée se faisait à ski dès la sortie de la ville.

Les matériaux et les planches nécessaires à l’aménagement étaient montées à dos d’homme.

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                                                                        Première sortie ski à Villars

                                                                  encadrée par Georges Gresset

 

 

En juillet 45, premières sorties dans les Alpes. Atteindre Chamonix est presque une expédition, une journée de train. Nos montagnards commencent par un bivouac ....... à la gare de Mouchard. Une tentative au Mont-Blanc échouera au Refuge du Goûter, en raison du mauvais temps. Le refuge n’est pas chauffé, et l’on attend l’éclaircie sur les couchettes, sous moult couvertures. Un autre groupe se rend en Oisans, avec aussi un bivouac ..... à Dijon sur le quai de la gare. Après une tentative à la Meije bloquée par la tempête, ils réussiront la traversée des Ecrins, malgré des erreurs d’itinéraires qui leur imposeront un bivouac à la descente .... dans la neige cette fois.

  

 

En 1946 premières sorties collectives vers les Alpes vaudoises : Les Rochers de Naye et la Dent de Jaman en juin, le Col des Chamois et la Pierre Cabotz en juillet. A défaut d’autres moyens de transport, elles se feront dans le camion de l’entreprise de construction Magnenet.

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Les règlements actuels de sécurité permettraient-ils encore une telle équipée ? Au passage de la douane suisse, grosse frayeur, le camion trop large n’est pas autorisé à circuler sur le réseau helvétique ! Le receveur va chercher un mètre, mesure la largeur du véhicule : 2m18 - La limite est de 2m20 - Ouf ! L’expédition peut avoir lieu.


Jean Schutz un Vaudois, cadre de l’entreprise Nestlé, est l’initiateur de ces escapades dans son pays d’origine qu’il connaît parfaitement.

 

Rappel - Gueguin (1943) Rappel - Gueguin (1943)
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                                                                                   Le Doldenhorn (1949)

 

 

C’est ensuite une sortie aux Diablerets, par le train cette fois, avec des problèmes de passeport collectif, on ne pénétrait pas à l’époque en Suisse comme dans un moulin.

 

Puis vint en janvier1947 la première sortie en car, vers les pistes de ski des Avants et Chatel Saint-Denis. Le cycle allait longtemps se poursuivre, les voitures particulières étaient encore rarissimes à l’époque, et il arrivait souvent que l’on doive refuser du monde lorsque la liste était complète.

 


Lors de l’Assemblée Générale du 21 février 1947, le Président Pierre Namin donne lecture de la lettre du Président de la Section du Jura, nous avisant que le Comité de Direction National du C.A.F. en date du 1° décembre 1946, a donné un avis favorable à la constitution en "section " de l’actuelle sous-section de Pontarlier. Pierre Namin est élu Président. La section compte 89 membres, et sa caisse est riche de 8900 F. (anciens francs bien entendu). Le comité voit l’arrivée de Georges Gresset, qui vient de s’installer comme opticien à Pontarlier, et possède le diplôme d’aspirant-guide. Après les départs de Fernand Guégen et Jean Schutz, premiers organisateurs de nos activités, Georges sera un animateur remarquable, technicien de classe, boute en train à ses heures, qui deviendra rapidement vice-président en charge des activités alpines et du ski.


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Le Doldenhorn (1949)

 

Les 19 et 20 mars 1947, Armand Charlet, moniteur national d’Alpinisme, Président des Guides de Chamonix, vient inspecter l’Ecole d’Escalade de la Fauconnière. Il ouvrira une voie, longtemps appelée " la Charlet ". Les nouveaux responsables de l’Ecole d’Escalade qui n’ont plus le souvenir de ce passage d’un guide prestigieux ont rebaptisé cette voie d’un autre nom.

 

Durant toutes ces années, l’énergie des membres du C.A.F. était canalisée en hiver pour la réussite du Bal Annuel à la Salle des Fêtes qui était un des grands événements de la saison. Il fallait construire sur la scène un décor renouvelé chaque année, en matériaux hautement inflammables évidemment, mais qui s’en souciait à l’époque ! C’est grâce au C.A.F. que les Pontissaliens ont pu applaudir dans leur ville Yvette Horner et bien d’autres vedettes.

 



Le challenge inter-sections du C.A.F. tenait aussi une grande place, il consistait essentiellement en une épreuve de ski de fond, sport assez confidentiel à l’époque, où les équipes du Haut-Jura et du Haut-Doubs se disputaient la plus haute marche du podium. Le président Louis Beilhartz n’avait pas hésité pour faire bonne figure, à recourir à des "mercenaires ". L’équipe première se composait de Léonce Cretin, ancien sélectionné olympique, Bouveret et Dumas, fondeurs locaux renommés, accompagnés de Paul Faivre, un authentique cafiste enfin. L’équipe seconde avec André Möckli, Guy Jodon, Pierre Morisot et Noël Verguet n’avait pas démérité et était proche des premiers au classement final.


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                                                                       Pierrot Morisot, Pierre Bruns

                                                                                              et Guy Jodon


Lors de l’Assemblée Générale du 9 juillet 1948, il est décidé de construire un refuge sur le Mont-d’Or alors vierge de toute remontée mécanique. Le coût en était estimé à 350 000 F. Un an plus tard le projet est enterré, faute d’avoir pu réunir un financement suffisant.

L’année 1951 est marquée par un terrible drame. Nos camarades Albert Verdier et Michel Débois emmenés par Georges Gresset se tuent tous trois après une glissade dans le couloir de descente de la Pointe d’Orny.

 


Alertés par les familles inquiètes, un groupe de trois personnes parti à leur recherche trouvera leur voiture à Champex, après des recherches infructueuses à Chamonix. Nos trois camarades, Charles Kalman, Pierre Brunschwig et Paul Faivre assistés du guide Nestor Cretex trouveront alors trace du passage de la cordée au refuge d’Orny, et tandis que l’un d’eux redescend à Champex pour demander par téléphone du renfort à Pontarlier, Nestor Cretex retrouvera à la nuit les trois corps encore encordés au pied du couloir. Avec l’accord du Syndic de Champex et l’aide des renforts arrivés de Pontarlier, une caravane monte en pleine nuit, pour transporter les corps par le Col du Tour et le refuge Albert 1°, dans la vallée de Chamonix où les décès seront déclarés, pour éviter les complications d’un rapatriement depuis la Suisse.

Ce drame eut un grand retentissement et marqua profondément le Club, qui à partir de cette date n’a pu compter pour poursuivre ses activités que sur les cadres qu’il avait lui même formés.


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Après une année où le C.A.F. est resté presque sans activité,

l’assemblée générale extraordinaire du 17 février 1956

décide que le Président ne pourra voir son mandat

renouvelé après trois ans de présidence, par la suite

ce délai sera porté à 4 ans pour s’aligner sur le cycle

des olympiades, selon des normes nationales.

On notera dans les années qui suivent beaucoup de sorties à la Vallée Blanche grâce au tout nouveau télé de l’Aiguille du Midi, des cars vers les stations de ski suisses, et à l’automne le début des séances de "gym " préparatoire au ski qui ont perduré jusqu’à ce jour d’une année à l’autre sans interruption.

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                                                                                          Le Vélan

 

Des cordées légères avec Michel Druhen , Pierre Brunschwig,

Jean-Louis Bouthiaux,Guy Jodon puis Henry Scheidegger,Michel Maugain et François Le Gern

réussissent pendant

cette période la plupart des grands sommets,

du Mont-Blanc à la Jungfrau et au Cervin.

1960 voit la création d’un groupe spéléo sous l’impulsion de Pierre Bichet. De nombreuses sorties ont lieu parfois le soir en semaine. En octobre 1961 pour le premier anniversaire de cette activité un banquet souterrain est organisé dans la grotte de Reugney, avec le transport au fond du gouffre d’un faux plancher posé sur des madriers, de tables, de bancs et de toute la vaisselle nécessaire. La chanson du jour, reprise par toute l’assistance fut bien entendu "l’homme de Cro-Magnon ".

 

En 1963 les remontées mécaniques de Métabief commencent à s’étendre sur le versant des Longevilles. Une opportunité se présente de louer une partie du Chalet d’alpage du Gros-Morond qui se trouvait maintenant accessible par les téléskis. C’était une propriété de la commune des Longevilles Mont d’Or, inoccupée l’hiver. Marie Scheidegger qui connaît bien l’adjoint au Maire nous obtient un rendez-vous, et la location est vite conclue pour un loyer au franc symbolique.

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Rappel - Gueguin- (1943)

 

 

 

Nous avions la permission d’occuper l’ancienne écurie des veaux malades à

l’angle nord-ouest du bâtiment.
Dans cette pièce obscure, il nous fallut ouvrir des fenêtres, dégager au sol

une quantité impressionnante de détritus accumulés au cours des années,

et créer plancher, cloisons et plafond. Le chantier ouvert chaque dimanche

débuta à la Toussaint et grâce à un nombre appréciable de volontaires se

termina à Noël. Il bénéficia de la compétence d’André Möckli, charpentier

confirmé, qui le soir venu recherchait vivement ses outils éparpillés entre

tous, avant que la nuit ne tombe sur un local qui attendit jusqu’au dernier

jour son branchement électrique.



Les années suivantes nous pûmes créer un dortoir au premier étage, puis un embryon de salle de toilette. Le dimanche où le chalet était fréquenté par un nombre important de skieurs de piste, un cuisinier proposait le menu du jour à ceux qui le souhaitaient.

Le vieux refuge du Grand-Taureau maintenant délaissé est cédé aux Scouts de France, quelques semaines après il sera détruit par un incendie.

A l’assemblée générale 1965, le président annonce que la Section C.A.F. du Haut-Doubs vient de dépasser le cap de 100 membres. Apparaissent alors les premiers bulletins-programmes sous forme de feuilles ronéotypées dans une couverture cartonnée agrémentée d’une photo en noir et blanc.


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Les premiers cadres brevetés Chefs de Caravane à ski de montagne avaient été en 1968 Henri Scheidegger, Pierre Brunschwig et Michel Maugain, tandis que Jean-Louis Bouthiaux obtenait de son coté le brevet d’Initiateur d’Alpinisme après un stage en Oisans.

Pour augmenter le nombre et la qualification de son encadrement la Section décidait d’organiser trois annnées durant, en Oisans, des stages de perfectionnement à l’alpinisme sous la direction du guide Raymond Peru. A l’issue du troisième stage en 1971, cinq candidats : Geneviève Poqueruse, Robert Cabot, Jean-Paul Govin, Michel Roland et Paul Coste obtenaient le brevet d’Initiateur d’Alpinisme.


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Le Doldenhorn (1949)

 

Les années 70 voient le C.A.F. du Haut-Doubs participer régulièrement aux Rallyes C.A.F. - C.A.I. de ski-alpinisme organisés chaque printemps conjointement par les Clubs Alpins Français et Italiens. Différentes équipes composées de Robert Cabot, Roland Michel, Les frères Bichet, Robert Leclerc et Robert Bettinelli vont briguer une médaille d’or ou d’argent à chaque édition du rallye.



D’un autre coté les relations qu’entretenait Pierre Bichet avec Haroun Tazieff permirent à bon nombre de volontaires de participer à des expéditions volcanologiques sur l’Etna et même jusqu’en Afrique ou à la Réunion.

 

La propriétaire du Chalet de la Champagne sur le Mont de l’Herba nous proposa de nous y établir pour l’hiver, non pas tant peut être par amour du C.A.F., que pour que son chalet soit surveillé. Les jeunes de la Section avec à leur tête Jeannick Vieille-Petit en firent leur base plusieurs hivers durant.

 

Devant cet attrait pour un chalet isolé, en opposition avec le Gros-Morond enserré dans la toile des remontées mécaniques, nous obtenons en 1977 du Maire de la Commune de Fourcatier Maisons-Neuves la location du chalet d’alpage de la Gentille-Vieille où nous pouvons établir un relais, pour les skieurs cherchant la solitude loin des pistes battues. Ceci avec un bail en bonne et due forme nous garantissant la pérennité des aménagements que nous y ferions.

 

Les activités classiques encadrés par tous les bénévoles continuent de progresser, des stages d’alpinisme sont organisés chaque été à la Bérarde ou à Vallouise, et à l’Assemblée Générale de 1979, le Président peut annoncer un effectif de 450 membres, le nombre des cotisants a plus que triplé en une dizaine d’années.

 

En 1980 une importante caravane emmenée par Pierre Brunschwig réussit la première traversée totale à ski du Jura, de la frontière du Canton de Bâle, à celle du département de la Savoie à Culoz. La presse française et suisse s’en fait l’écho.

 

En 1982 une randonnée en Laponie initiée par Henri Couty marque le début des expéditions hors du Jura ou des Alpes. Elle sera suivie d’une équipée en Islande en 1984, et de nombreuses autres, du Laddak au Pérou, des Rocheuses à la Namibie.

 

En 1984 nous obtenons de la municipalité de Pontarlier, un local plus spacieux et bien situé où nous sommes encore à ce jour. Quel progrès depuis les premières réunions dans les arrière-salles de café. Le bénéfice du Bal de la Saint-Sylvestre que nous venons d’organiser sera entièrement consacré à l’aménagement et au mobilier.

 

En 1985 le premier grand camp d’été est organisé en Engadine par Danièle Simon. Quelques années plus tard Michel Dornier reprendra le flambeau. Le succès de cette organisation ne se démentira pas, réunissant à chaque reprise un nombre croissant de participants.

 

En 1991 le Club Alpin Français se transforme en Fédération des Clubs Alpins Français, la Section du Haut-Doubs obtient sa personnalité juridique et devient Club Alpin Français du Haut-Doubs dont les statuts sont publiés au Journal Officiel.

 

En 1992 un mur d’escalade en salle est créé à Malbuisson, dans un local privé sous l’impulsion de Robert Cabot, tandis que le Club décide de s’équiper en informatique à la fois pour une meilleure gestion des adhérents, et pour la composition d’un bulletin de section plus ambitieux.

 

Nous participonsavec le C.A.F. de Besançon àla journée delarandonnéesurunparcours Pontarlier-Besançon de 70 km. Ce sera l’amorce de la CAFODOU qui réunira les années suivantes plusieurs centaines de marcheurs sur des parcours de 15, 30 et 50 km. en devenant une classique des animations d’automne de la région.

 

Le C.A.F. passe une convention avec la Ville de Pontarlier, et devient officiellement gestionnaire du site de l’Ecole d’Escalade de la Fauconnière situé sur une propriété municipale. Robert Cabot qui par un travail de longue haleine a donné un essor remarquable à ce site, voit ses efforts reconnus par plusieurs publications spécialisées françaises ou suisses qui vont jusqu’à parler d’un petit paradis de l’escalade.

 

A la même époque sous l’impulsion de Jeannick Vieille-Petit, gestionnaire du Chalet du Gros-Morond, qui avait constaté à la commission spéléo. les possibilités financières de la nouvelle fédération, nous décidons de profiter de la désaffectation d’une partie à vocation agricole du bâtiment pour étendre notre domaine. Jean-Luc Bichet alors architecte à la Grande Bibliothèque de Paris dessine les plans. Nous doublons la capacité de la salle commune ouverte maintenant sur le coté ensoleillé, nous créons un second dortoir, un vestiaire-séchoir, et des sanitaires modernes. Pierre Brunschwig réussira à obtenir un financement important tant auprès du C.A.F. que par différentes subventions et retours de T.V.A. Le nouveau Gros-Morond sera inauguré en juin 1993 par le Président de la Fédération Louis Volle.

 

De nombreuses formations à la sécurité sont organisées tant pour l’orientation, que pour la prévention des risques d’avalanche, la progression en terrain glaciaire où le maniement des cordes en escalade comme en spéléo.

 

Dès 1999 le bulletin de section parait deux fois par an avec 12 pages en couleur, et de nombreuses photos provenant du concours photos annuel institué depuis peu.


Le C.A.F. du Haut-Doubs compte bientôt plus de 600 membres. Il est alors sur les rails où nous le connaissons aujourd’hui


CLUB ALPIN FRANCAIS HAUT DOUBS
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